Les tendances sont des chemins qu’on peut décider d’emprunter ou pas en fonction qu’elles nous mènent à notre objectif de manière plus ou moins efficiente. Il y a les tendances « feu de paille » et les tendances de fond ; ce sont celles-ci auxquelles nous nous sommes attachés avec l’histoire de “Jérôme” écrite en 2019, désormais disponible dans un format « expo » sur notre site showroom, qui raconte l’apprenance d’un Conseiller Pro au Crédit Agricole en cible 2022…. Mais la crise du Covid est passée par là ! A-t-elle remis en cause nos hypothèses ? Selon nous, non, les 7 tendances décryptées ont gardé tout leur potentiel et s’inscrivent déjà ou s’inscriront dans les mois à venir dans le quotidien du monde de la formation. L’expo « Jérôme » évoluera à l’épreuve du temps.

L’apprentissage social est le grand gagnant !

La formation, créatrice de lien social, quel beau programme pour motiver et engager l’apprenant acteur, sommé de se mettre aux manettes de son employabilité. Citons encore Philippe Carré, même si cela peut paraître une banalité pour les professionnels de la formation : “on apprend toujours seul mais jamais sans les autres”.

Dans une enquête menée lors du premier confinement qui a porté sur 1600 collaborateurs du Groupe Crédit Agricole et dont l’objectif était d’observer les pratiques d’apprentissage sous contraintes, nous avons appris qu’ils avaient clairement recherché les échanges entre pairs, les interactions sociales, le dialogue humain/humain… Ont-ils trouvé leur bonheur ? Pas suffisamment…que ce soit dans l’offre entreprise ou avec les offres du marché sur des sujets variés aussi bien pro que perso. A nous de progresser dans cette voie puisque nous savons que ce besoin de relation sociale est cœur de la théorie de l’autodétermination, et donc de la motivation à se former.

7 tendances de la formation, ni bling bling, ni boring !

Et les 6 autres tendances ?

Nouer des relations d’apprentissage ne suffit pas. Pour apprendre et changer ses pratiques, il faut se connaître, savoir d’où on part et tracer des perspectives pour évoluer. Aussi les tendances sur L’APPRENTISSAGE DE SOI, et L’EMPLOYABILITE restent centrales.

– Explorer son rapport au savoir (depuis l’enfance), et son apprenance(1), connaître les stratégies d’apprentissage, apprendre à apprendre font partie des recherches personnelles incontournables pour faire face à la surabondance de sollicitations pour aller vers plus d’efficacité et éviter la surcharge cognitive(2) qui nous guette.

– Construire son projet professionnel en étant accompagné dans la connaissance de l’environnement qui mute en permanence est une des clés de l’engagement : quelles compétences pour demain, quelles mobilités au sein de mon entreprise, quels débouchés sur le territoire sont autant de questions qui attendent des réponses, pour booster la motivation(3).

Du coup, le lien avec l’environnement de travail est renforcé à juste titre. Après une période où travail et formation ne devaient pas faire bon ménage, le bon sens et la nouvelle Loi réhabilitent les situations de travail comme ressources à fort potentiel et véritables actions de formation. On parle d’AFEST(4), de parcours, d’apprenance au quotidien, dans et par les situations de travail, avec sa dose de réflexivité, de conscientisation sur ce qu’on est en train d’apprendre. La résolution de problème avec l’équipe et l’accompagnement bienveillant du manager semblent être les nouveaux graals.

L’environnement de formation s’ouvre et on peut s’en féliciter mais il faudra veiller à installer à un climat de sécurité psychologique(5) pour se tromper et apprendre car le temps de la formation « bulle » est révolue.

La nécessité d’un APPRENTISSAGE PERMANENT, tout au long de la vie, se confirme fortement et donne un nouveau souffle à l’apprentissage informel(6), et à l’auto-formation. La formation est hybride(7) : dans ses modalités, dans ses outils, dans ses lieux. Si les deux premiers étaient déjà engagés dans une course en partie technologique, le défi de l’espace de formation se rajoute à l’ambition. D’un espace physique à un autre virtuel, qu’il se fonde dans celui du travail, au bureau ou à la maison, ou qu’il soit sacralisé comme un espace lieu/temps dédié, nous entrons dans une autre dimension où le design, l’ergonomie ont de beaux jours devant eux pour apporter confort et concentration.

Le corollaire, c’est l’APPRENTISSAGE PERSONNALISÉ car s’il y a un mot tendance qui compte c’est celui de contexte. Des ressources formatives en fonction de moi (qui je suis, comment j’apprends), en fonction de l’environnement immédiat qui nécessitent du juste, autre mot tendance : le juste à temps, le juste contenu, la juste modalité, la juste fonctionnalité, pour être confortable dans mon métier, justement. De ce point de vue, l’émergence de l’adaptive Learning grâce à l’IA et des plateformes expérientielles de type LXP va permettre une réponse toujours plus précise au besoin de compétences singulier de chacun.

Et les dispositifs de formation dans tout ça ?

Pour capter l’attention, un peu d’émotion !

On pourrait faire rimer ces mots aussi avec motivation, rétention …. La pédagogie immersive(8), pour répondre à ces promesses, se cherche … et pour éviter l’effet gadget, place aux sciences, champ réinvesti depuis 2018 à l’IFCAM, renouant avec son ADN. Neurosciences avec l’exposition sur le cerveau, sciences du comportement avec l’offre ambitieuse sur les soft skills ou encore sciences de l’éducation quand on participe à une recherche collaborative avec des chercheurs indépendants (@Conseil et Recherche), l’Université de Nanterre (@Solveig Farnagu-Oudet) et 4 autres entreprises autour de l’engagement et de l’expérience apprenant(e). La démarche scientifique qui, rappelons-le, part de l’observation terrain, est désormais une de nos marques de fabrique pour objectiver les débats car si nous sommes attentifs aux tendances, nous ne voulons pas porter le flanc aux modes. Apprendre en s’amusant, oui, mais pas que pour se faire plaisir, et toujours en fournissant des efforts, une des conditions d’un apprentissage réel(9).

Les escape games, la VR, les jeux en réseaux retiennent toute notre attention parce qu’ils mettent l’accent sur le transfert en situation, et l’apprentissage avec les autres. Ces sujets répondent à plusieurs théories en sciences cognitives, citons entre autres sur le multimédia ou la VR :

– Théorie cognitive de l’apprentissage multimédia de Mayer (2002)

– Plus grande motivation à apprendre (Calderon et al., 2017) et d’engagement (Wang et al., 2017)

Plusieurs dispositifs intègrent déjà ces dimensions ludiques et cela n’est pas fini …

Nous voilà arrivés au terme de notre revue des tendances mais la crise sanitaire en a révélé d’autres dont on pense qu’elles vont s’inscrire dans la durée. De nouveaux thèmes émergent comme par exemple celui de la RSE (cf notre expo nature), ou celui du digital augmenté par l’humain … En effet, si le distanciel « obligé » a provoqué de l’inconfort, il a aussi démontré tout son potentiel et a ouvert des champs pour améliorer l’expérience apprenant : richesse des interactivités, compression des délais d’attente entre demande de formation et sa réalisation, facilité d’accès aux ressources … Les apprenants se montreront de plus en plus exigeants… Pour y faire face, une infrastructure informatique solide est nécessaire, pour gérer sécurité et bande passante, coûts des licences, contraintes RGPD … et même si nous pouvons nous réjouir des économies de THR (frais de transport et d’hébergement), les investissements pédagogiques et technologiques sont indispensables pour une industrialisation massive de la formation à distance.

Plus globalement, c’est tout un écosystème qui se met en place, et il a un nom, celui de l’organisation apprenante/capacitante(10). Soyons-en sûrs, l’apprentissage au cœur de l’apprenance, est un pas de deux, une coresponsabilité entre l’apprenant et l’Organisation.

Auteure : Nathalie Paquet Vérot, Responsable Communication & Expérience Apprenant

Regards croisés avec Camille Besson, Dorothée Cavignaux-Bros, Jean-Yves Duermael, Isabelle Holié, Michel-François Kmiec, Lionel Lanquar, Julie Mary-Porché

Sources sur les concepts scientifiques :

Dans la note :

1. Carré (2005, 2020)

2. Sweller (1999, 2003, 2005), exposition Cerveau IFCAM

3. Fenouillet (2016) https://www.lesmotivations.net/spip.php?article42

4. AFEST (Gérard, 2017, 2018), blog IFCAM, travaux conjoints FNCA/ IFCAM

5. Edmonson (1991), Mornata (2014)

6. Carré & Charbonnier (2003)

7. https://ifcam-formation.fr/blog/2020/09/29/formation-hybride/

8. Une façon d’immerger : la réalité virtuelle :

Facteurs influents : immersion (Mayer & Moreno, 2002) ; Présence, fidélité de

l’environnement virtuel, acceptation de l’utilisateur (Alexander et collaborateurs,

2005)

Autre exemple d’immersion : Simulation pleine échelle (Policard, 2018)

9. Les piliers de l’apprentissage : attention, engagement actif, feedback et

consolidation (Dehaene, 2013) ;

10. Fernagu (2018)