C’est indéniable, le podcast monte en puissance. Chaque jour, 87% des Français écoutent des informations au format audio(1). Mais pouvons-nous nous former grâce au podcast ? Pouvons-nous nous former, en nous promenant dans la rue, sans prise de notes ?

Dans un monde où la productivité est devenue le mot d’ordre, le podcast plait, notamment car il peut être écouté en parallèle d’une autre activité qui nécessite peu de ressources attentionnelles, donc une activité maîtrisée, automatisée, comme la marche ou la course. L’essor des nouvelles technologies a également permis de les rendre accessibles partout : écoute en ligne, hors ligne, rappels réguliers via un abonnement…

Mais qu’est-ce qu’un podcast ?

Une définition communément partagée est celle d’un contenu audio diffusé ou téléchargeable sur tous types d’appareils numériques, avec les notions d’abonnement et de récurrence des émissions.

La recherche s’est aussi intéressée à définir le podcast appliqué à la formation. Dans son article, Peltier (2016) reprend plusieurs classifications (Carvalho et al., 2009 ; Kay, 2012) pour distinguer les podcasts en fonction de leur objectif (informer, analyser, développer, inciter à la métaréflexion…) et de leurs effets (accroître l’intérêt, la régularité, l’autonomie ou la réflexivité). De même Kay (2012) a montré que les podcasts permettent d’améliorer l’apprentissage : réviser, préparer une séquence ou enrichir ses notes, et cela en mode classe inversée.

Comment les podcasts utilisent les théories de la formation ?

Nous l’avons compris, les podcasts sont populaires auprès d’un large public, balayant une grande diversité de contenus, ce qui nous amène à nous lancer également dans le podcasting. Et si nous nous intéressions désormais aux théories pédagogiques qui soutiennent leur usage en formation ? La recherche récente en la matière est maigre, mais il est possible d’appliquer plusieurs théories au sujet qui nous intéresse ici.

Carré et Rieunier (2017) ont dressé un panorama de principes pédagogiques généraux en formation, qui sont eux-mêmes reliés aux grandes théories de la formation. Certains de ces principes semblent pouvoir être rattachés à l’utilisation du podcast en formation, notamment continue :

– Le principe de multimodalité, qui a d’ailleurs été traité dans un autre article de ce blog, repose notamment sur les travaux de Lieury (1996) et montre qu’il est plus efficace pour l’apprentissage et la mémorisation de diversifier les modes d’exposition d’un concept. Ainsi, associer le podcast (audio) à d’autres modalités (e-learning, présentiel, classe virtuelle…) pourrait contribuer positivement à l’apprentissage.

– Le principe de connaissances préalables. Ce principe permet d’orienter vers une utilisation efficace du podcast dans un dispositif donné. En effet, la théorie constructiviste de Piaget (1964) postule que notre apprentissage se construit de manière cumulative, sur la durée et par rapport à ce que nous savons déjà, du moins dans une certaine mesure. Ainsi, le podcast peut être une option efficace dans un dispositif multimodal, par exemple en amont pour introduire un sujet, ou en aval pour de l’ancrage. Nous reviendrons plus en détail sur cette notion.

– Le principe d’activité, qui est central en formation. Comme son nom l’indique, il implique une participation active à la formation. Cette activité n’est pas nécessairement physique (jeu de rôle, classe inversée…), il peut s’agir d’une attention accrue aux propos d’un formateur par exemple. Ce principe est peut-être à la fois l’illustration du grand paradoxe du podcast mais aussi un point de vigilance. Paradoxe, car le podcast a comme grand intérêt son aspect « mains libres », qui permet de le suivre, comme nous le disions, en parallèle d’autres activités. Pour autant dans le cadre d’un podcast formation, difficile d’estimer que l’écoute soit « active » lorsque l’on fait un footing ou que l’on mitonne une blanquette de veau. En somme, attention aux distractions !

– Enfin, le principe de plaisir a été particulièrement cité lors de nos échanges internes sur l’intérêt du podcast en formation. Pour beaucoup, il est agréable et utile de suivre des podcasts. Côté formation, cette notion recoupe des théories mises en avant par Deci et Ryan (2002) par exemple sur la motivation intrinsèque, propre à l’individu, dont le postulat est simple : on s’engage plus volontiers dans un dispositif, et on apprend mieux, quand on s’y plait. Il est donc important de jouer sur ce levier de satisfaction que peut constituer le podcast, y compris lorsque l’on traite de sujets de formation. Ce point est d’ailleurs mis en avant dans plusieurs dédiées aux podcasts en formation.

Le podcast semble disposer d’arguments solides permettant de justifier son intérêt en formation. Mais qu’en est-il en pratique ?

Le podcast en formation : effet de mode ou réel intérêt pédagogique ?

Focus sur des usages possibles des podcasts

La grande force du podcast réside sans doute dans sa flexibilité. Il s’ancre pleinement dans le mode de consommation des formations dit ATAWADAC – Any Time, AnyWhere, Any Device, Any Content (Liberté de temps, d’espace, d’appareil et de contenu). Cette souplesse intrinsèque offre l’opportunité de se former à sa manière, en contrôlant davantage le rythme et l’environnement de sa formation.

En soulageant le canal visuel, fortement mobilisé dans les vidéos pédagogiques par exemple, le podcast mise sur la libération des ressources attentionnelles de l’auditeur, qui peut alors s’engager pleinement dans l’activité d’écoute. En effet, lorsqu’un support visuel n’est pas nécessaire à la compréhension du participant et à l’intégration du contenu, une écoute active combinée à une prise de notes dont nous connaissons l’importance, peut apparaître comme un duo gagnant (ce qui rejoint le principe de multimodalité précédemment cité).

A l’inverse, lorsque le choix est fait de diffuser des contenus multimédias (vidéos, e-learning…) lorsque ce n’est pas nécessaire, le risque réside dans le fait de pénaliser une ou des activités (écoute/visionnage/prise de notes), car le participant risquerait alors la surcharge cognitive, dont nous parlions dans un autre article.

En matière d’ingénierie pédagogique, la question temporelle de l’intégration de podcasts dans un dispositif de formation est centrale, car elle ouvre sur une large palette d’usages et d’objectifs. Au début d’une formation, il peut remplir la fonction de teasing, de sensibilisation, d’amorce, afin de maintenir ou de faire émerger le besoin et l’envie de se former. Il peut aussi avoir pour objectif de permettre à chacun d’acquérir, consolider ou corriger ses connaissances préalables (préformation), afin que tous les participants se retrouvent en formation présentielle avec le même niveau de connaissances par exemple.

Proposé pendant la formation en écoute individuelle, il peut également jouer plusieurs rôles : celui de tuteur en reprenant et réexpliquant différemment des contenus complexes évoqués en amont, celui d’illustrateur, avec des exemples, ou encore celui d’enrichissement, en approfondissant certains contenus. Des controverses sous forme de podcasts ont été proposées et particulièrement appréciés dans le dispositif Camp’use.

En fin de formation ou a posteriori du dispositif principal, il peut être l’occasion de partager des témoignages, de formuler des retours d’expérience, ou encore d’ancrer l’apprentissage dans le temps et dans la pratique quotidienne.

Comme toujours, c’est la modalité pédagogique choisie qui doit répondre à l’objectif pédagogique et non l’inverse. Mais, vous l’aurez compris, bien utilisé, nous sommes convaincus de l’intérêt du podcast en formation et nous y travaillons !

Camille Besson, conceptrice pédagogique, Pierre Travaglini, concepteur pédagogique & Axel Azoulay : ingénieur pédagogique

Bibliographie

(1) https://www.harrismedia.fr/les-chiffres-podcast/

Carré, P., & Rieunier, A. (2017). Chapitre 19. Psychopédagogie des adultes. Dans P. Carré & P. Caspar (dir), Traité des sciences et des techniques de la Formation : 4ème édition (pp. 383-400). Paris : Dunod.

Carvalho, A. A., Aguiar, C., & Maciel, R. (2009). A taxonomy of podcasts and its application to higher education. Dans H. Damis & L. Creanor (dir.), ALT-C 2009 : In dreams begins responsibility – Choice, evidence and change : Proceedings of the International Conference for the Association for Learning Technology (pp. 132-140).

Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2002). Handbook of self-determination. USA : The University of Rochester Press.

Kay, R. H. (2012). Exploring the use of video podcasts in education : A comprehensive review of the literature. Computers in Human Behavior, 28(3), 820-831.

Lieury, A., & Galvez, F. (1986). Le double codage des dessins en fonction du temps de présentation et de l’ambiguïté. L’Année Psychologique, 86(1), 45-61.

Peltier, C. (2016). Usage des podcasts en milieu universitaire : une revue de la littérature. International Journal of Technologies in Higher Education, 13(2), 17-35.

Piaget, J. (1964). Part 1 : Cognitive development in Children : Piaget development and learning. Journal of Research in Science Teaching, 2, 176-186.