L’innovation : un grand mot qui enthousiasme autant qu’il peut impressionner. Et si innover n’était pas toujours si compliqué ? Et pas toujours technologique ? Et si innover, c’était parfois tout simplement faire un pas de côté ? Voir les choses sous un autre angle ?

C’est précisément la démarche qu’a eu Faty Drider, ingénieure pédagogique à l’IFCAM lorsqu’elle a reçu une commande de formation autour de la sécurité informatique. Elle nous raconte.

Comment susciter l’adhésion des apprenants dans un parcours de formation ?

Les études en science de l’éducation ont largement traité de sujets portant sur l’engagement en formation ainsi que sur la motivation. Quels sont les moyens qui peuvent inciter un apprenant à s’engager dans un processus de formation ? Quels sont les éléments qui peuvent le décider à suivre une démarche susceptible de transformer ses perceptions, ses manières de faire, d’être et d’agir ?

La question est d’autant plus vraie lorsque le sujet abordé est perçu comme complexe ou technique, comme c’était le cas de la formation que nous avons conçus (Tony Grémion, expert SSI, Catherine Fourquier & Alain Stephan, commanditaires, et moi-même) autour de la nouvelle démarche d’analyse de risque SSI au sein du Groupe Crédit Agricole.

Dans un cas comme celui-là, les biais de représentations des acteurs concernés (ou parties prenantes : commanditaires, concepteurs/ ingénieurs pédagogiques, et apprenants) peuvent avoir un impact majeur dans la conception, la production et le déploiement d’un dispositif de formation.

Ces questions ont alimenté nos réflexions dans le cadre de la conception du dispositif de formation.

Déconstruction, co-construction et reconstruction au service de l’expérience apprenante

Selon Pardue (2005) l’innovation implique de déconstruire des principes et des valeurs acceptées dans un milieu.

Dès la phase d’analyse des besoins de formation, nous avons pu identifier à quel point nos idées préconçues pouvaient conditionner la création et la mise en œuvre d’une action de formation.  

A l’aide d’une analyse réflexive, nous avons effectué un travail de type métacognitif : en tachant de porter une analyse sur nos propres processus de réflexions. Cette phase nous a permis d’identifier un axe majeur de notre formation : nous voulions une formation axée autour de la démarche de questionnement.

En effet, la démarche d’analyse de risque est une démarche qui s’appuie sur ces mêmes types de processus. Il s’agit d’une approche normalisée (basée sur les normes ISO 27 005), réflexive, itérative, collective et mouvante qui vise à identifier les risques afin de pouvoir y apporter une réponse adaptée. En fonction du contexte et du périmètre l’analyse sera nécessairement évolutive.

Puisque la réflexivité est au cœur de la démarche d’analyse de risques, il nous semblait donc évident de nous appliquer les principes que nous souhaitions relayer aux apprenants.

Nous avons fait le choix de l’analogie entre la démarche d’analyse de risques et le voyage.
Voyager est une manière de s’ouvrir à l’inconnu, de découvrir des paysages et des contrées inconnues, de rencontrer des personnes, de découvrir des us et coutumes différentes des siennes. C’est aussi une manière d’aller à la rencontre de soi. Tout comme le voyage, faire une analyse de risque c’est finalement prendre le risque d’être bousculé dans ses représentations.

L’analogie avec le voyage est également portée par la forme, puisque nous avons fait le parallèle entre les étapes de l’analyse de risques et les étapes d’un voyage. Nous avons utilisé des visuels qui invitent au voyage, avec des images et un travail graphique très qualitatif réalisé par notre partenaire EXM.

innovation pédagogique

Ce parti pris nous a permis de mettre en avant la démarche d’analyse comme étant quelque chose qui s’expérimente, qui se vit, qui évolue.

Notre parcours s’articule en plusieurs étapes de voyage :

– 1re étape : un autodiagnostic qui vise à se questionner et à développer une forme de connaissance de soi.

– 2e étape : un module e-learning qui permet aux apprenants de découvrir les grandes étapes de la démarche d’analyse de risque à travers l’organisation d’un voyage.

– 3e étape : une classe virtuelle qui permet aux apprenants d’expérimenter les principales étapes de l’analyse de risque en « participant à un voyage ».

innovation pédagogique

La métaphore du voyage est poussée jusqu’à l’utilisation d’un guide de voyage qui permet de revenir sur les grandes étapes du voyage et de pouvoir être prêt à repartir à l’aventure.

Une « mise en abyme pédagogique »

En réalité, dans le cadre de ce dispositif de formation, l’innovation pédagogique ne réside pas dans l’utilisation d’outils ou de nouvelles technologies. En l’espèce, elle résulte surtout d’une approche réflexive qu’on pourrait définir comme une forme de « mise en abyme pédagogique ».

Nous nous sommes appliqués les principes pédagogiques que nous souhaitions véhiculer auprès des apprenants. Le dispositif de formation devait être accessible et compréhensible pour des personnes non-aguerries à l’analyse de risques SSI. Le parcours a donc été pensé dans cet esprit.

Nous avons incarné les valeurs que nous souhaitions véhiculer dans le cadre du dispositif de formation, qui sont les mêmes valeurs que celles prônées par la nouvelle démarche d’analyse de risques. Nous avons également travaillé sur nos propres représentations afin de proposer un parcours qui puisse répondre aux attentes et aux besoins exprimés et sous-jacents, tout en suscitant l’adhésion des apprenants. Et nous avons pris beaucoup de plaisir à concevoir ce parcours de formation !

En conclusion, ce que nous pouvons retenir de ce projet c’est que l’innovation est souvent plus accessible qu’on ne l’imagine. C’est un état d’esprit qui invite à adopter une approche différente, une posture différente, des façons de penser et d’agir différentes.

A l’aide d’un système d’aller-retour, d’itérations, nous avons pu concevoir collectivement un dispositif de formation qui s’inscrit dans une logique apprenante. Chaque étape devient un prétexte à l’apprentissage.

Et vous, quels sont vos moyens pour innover ?

Faty DRIDER, Ingénieure pédagogique IFCAM