Dans cet article, Dorothée Cavignaux-Bros, ingénieure formation à l’IFCAM nous propose un éclairage sur l’hybridation de la formation et ses implications pour le design centré expérience apprenant (LXD).

L’hybridation de la formation a commencé dans les années 2000 et s’accélère, le contexte s’y prête tant pour les apprenants que pour les organismes de formation. Cela nécessite de repenser nos ingénieries, l’accompagnement des formateurs, des clients et des apprenants. Avant de faire un zoom sur l’hybridation aujourd’hui, un bref rappel historique nous permet de comprendre ses fondements.

Bref rappel sur la formation et le numérique 

La dernière étude FFP/Fabernovel sur les impacts du numérique sur les modèles économiques de la formation reprend les principaux jalons de l’histoire de la formation en lien avec le numérique.

Quand la formation s'hybride

Image : « 50 ans de transformation du secteur », Etude FFP Fabenovel, Les impacts du numérique sur les modèles économiques de la formation professionnelle, p. 16

Les années 1990 à 2000 ont été marquées par le développement du e-learning et des plateformes LMS (Learning management system) qui ont permis la diffusion de ce dernier à distance grâce à Internet. Le e-learning est aussi définit comme le successeur de l’enseignement assisté par ordinateur, ajoutant à la dimension « programmée » (le module e-learning guide l’apprenant et propose des formulaires de questions automatisés), la possibilité d’être à distance pour apprendre. Il enrichit ainsi les possibilités de formation à distance. L’enseignement programmé puis le e-learning reposaient alors sur des conceptions behavioristes de l’apprentissage (cf. la machine à enseigner développée par Skinner) et intégraient des principes d’individualisation.

Progressivement et par extension, le terme e-learning, aussi traduit en e-formation s’est élargi pour désigner la formation en ligne. Le terme se rapportant non seulement à l’objet physique, le module e-learning, mais également à la modalité : formation utilisant les technologies numériques et incluant échanges et la collaboration, pouvant être déployée en présentiel ou à distance. En 2001, la commission européenne assimile la formation en ligne et le e-learning et la définit ainsi : « l’utilisation des nouvelles technologies multimédias de l’Internet pour améliorer la qualité de l’apprentissage en facilitant d’une part l’accès à des ressources et à des services, d’autre part les échanges et la collaboration à distance ».

Le développement de la formation hybride

La formation devient hybride dans les années 2000 au moment de l’émergence des MOOC et du blended learning. Celui-ci, dans un premier temps, combinait la formation présentielle et la formation à distance, puis rapidement les a mixées au sens de les mélanger et de les articuler en lien avec des notions de présence à distance et de pédagogie inversée.

L’hybridation a consisté à transformer des formations qui étaient en présentiel et qui ont été adaptées pour devenir multimodales, d’où le premier critère dans la définition ci-après « de mise à distance ». Dans la littérature, cinq dimensions sont ainsi mobilisées pour caractériser un dispositif hybride :

« (1) la mise à distance et les modalités d’articulation des phases présentielles et distantes, (2) l’accompagnement humain, (3) les formes particulières de médiatisation et (4) de médiation liées à l’utilisation d’un environnement technopédagogique et (5) le degré d’ouverture du dispositif »[1]

Une recherche a été menée au niveau européen pour spécifier et évaluer l’efficacité de dispositifs hybrides. Ce projet, Hy-Sup, a été jalonné d’enquêtes menées auprès d’apprenants et d’enseignants. Les résultats ont conduit à une typologie établie à partir de caractéristiques générales et secondaires des formations, comme par exemple : la participation active des apprenants, les outils de communication, la liberté de choix des méthodes pédagogiques, ….

6 types sont proposés, classés selon de la posture du formateur/ enseignant : d’une posture centré enseignement à une posture centrée apprentissage (cf. tableau ci-après). A chaque type est associée une métaphore pour illustrer le dispositif. Nous nous focaliserons sur la métaphore de l’écosystème, proche de nos convictions pédagogiques à l’IFCAM.

Quand la formation s'hybride

Tableau : « Récapitulatif des caractéristiques des six types de dispositifs hybrides. »[2]

Le type 6 et la métaphore de l’écosystème désignent ainsi un « dispositif centré sur l’apprentissage et caractérisé par l’exploitation d’un grand nombre de possibilités technologiques et pédagogiques offertes par les dispositifs hybrides ». Les 14 composantes référencées dans ce tableau sont discriminantes et permettent de qualifier les dispositifs.

En parallèle de nouvelles formes de modalités apparaissent dans la formation hybride comme la comodalité[3] ou l’hybride flexible en anglais (HyFlex). Cette modalité permet aux étudiants de choisir comment suivre les moments synchrones de leur formation : à distance ou en présentiel, et/ou en asynchrone grâce à la capitalisation des séquences synchrones et leur accès en replay . Elle repose sur des technologies dédiées de retransmission vidéo et de gestion de l’interactivité dans les situations de formation synchrone.

L’hybride flexible implique une ré-ingénierie des dispositifs (mise en œuvre de pédagogie dite « inversée », ingénierie des interactions, ingénierie tutorale,…), et une réorganisation de l’animation. Les moments synchrones sont mis en œuvre en co-animation : un animateur présent en salle et un co-animateur pour recueillir les questions à distance, organiser les activités et faire le lien avec les participants et l’animateur en présentiel. La notion de flexibilité peut ainsi venir compléter notre manière d’appréhender l’expérience apprenant à l’IFCAM, utile, engageante et remarquable.

Par extension, la notion d’hybride a fait progressivement référence aux nouvelles modalités qui élargissent les possibilités de se former : en mobilité, en situation de travail, en synchrone et asynchrone, …

Le concept de dispositif hybride semble remplacer progressivement les notions de e-learning et blended learning, car il traduit à la fois la dimension multimodale des dispositifs de formation et la diversité des pratiques des apprenants et des enseignants/ formateurs. Il vient compléter celui de FOAD[4], choisi par le législateur en France pour caractériser et définir la multimodalité en formation.

Les outils plébiscités par les apprenants

Du côté des outils, leur utilité, leur utilisabilité et leur acceptabilité sont trois principales conditions à leur mobilisation, par les apprenants et les animateurs. Le classement 2020 des 200 meilleurs outils pour l’apprentissage produit par Jane Hart (2 369 votes en provenance de 45 pays, 59% des répondants sont des entreprises ou des organisations à but non lucratif, 41% travaillent dans l’éducation et principalement l’enseignement supérieur et l’enseignement des adultes) fait ainsi apparaître en première place YouTube, Zoom et Google Search (https://www.toptools4learning.com/).

Les implications pour lingénierie pédagogique

En ce qui concerne la conception et l’ingénierie, la notion de Learning eXperience Design (LXD) se précise également : il s’agit notamment de mobiliser les approches UX Design en conception de formation. Le design centré expérience apprenant est participatif (les apprenants et les formateurs contribuent à la conception). Il repose sur une démarche « test and learn » et itérative. Il mobilise des méthodes d’ingénierie et de production en intelligence collective comme le design thinking.

L’articulation des environnements personnels d’apprentissage et des environnement institutionnels d’apprentissage est encore plus d’actualité à l’heure ou l’apprentissage est à la fois formel, informel, individuel, social, etc. Cette articulation s’instruit en lien avec les outils et les usages des apprenants et des formateurs, la sécurité des données et l’accès à l’information et à la formation.

La crise sanitaire montre que les systèmes de formation et d’enseignement avaient jusqu’à présent et principalement pour socle la formation présentielle autour de laquelle la multimodalité s’est progressivement organisée[5] (synchrone, asynchrone, présentielle, distancielle, flexible, phygitale, individuelle, collective, entre pairs, avec un formateur, en autonomie, accompagnée, en situation de travail, …).

Ce sont donc nos modèles de pensée tout autant que nos pratiques, que nous adaptons à la réalité de l’apprentissage et des contextes de mise en œuvre de la formation et de l’autoformation. Il s’agit ainsi de penser autrement la formation et son déploiement, en adéquation avec les usages des apprenants, leur degré d’autonomie selon les thèmes de formation, leur contexte professionnel, leur mobilité, la porosité des frontières entre le physique et le virtuel, et la temporalité nécessaire à l’apprentissage.

Dorothée Cavignaux-Bros, Ingénieure Formation

[1] Lebrun, M., Peltier, C., Peraya, D., Burton, R., & Mancuso, G. (2014). Un nouveau regard sur la typologie des dispositifs hybrides de formation. Propositions méthodologiques pour identifier et comparer ces dispositifs. Éducation et formation, (e-301), 55-74.

[2] Cf. Lebrun, M., Peltier, C., Peraya, D., Burton, R., & Mancuso, G. (2014). Un nouveau regard sur la typologie des dispositifs hybrides de formation. Propositions méthodologiques pour identifier et comparer ces dispositifs. Éducation et formation, (e-301), 55-74.

[3] https://www.enseigner.ulaval.ca/ressources-pedagogiques/la-formation-comodale

[4] « Une « formation ouverte et/ou à distance », est un dispositif souple de formation organisé en fonction de besoins individuels ou collectifs (individus, entreprises, territoires). Elle comporte des apprentissages individualisés et l’accès à des ressources et compétences locales ou à distance. Elle n’est pas exécutée nécessairement sous le contrôle permanent d’un formateur. » http://www.marche-public.fr/Marches-publics/Textes/Circulaires/Circulaire-2001-22-DGEFP-foad.pdf