La crise sanitaire impacte le monde du travail, c’est évident.  Dans quelle mesure ? L’avenir nous le dira.
Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que des changements latents se sont imposés : confiance, autonomie, lâcher prise… Alors quels impacts pour le management ? Corinne Brouard, responsable des formations en management à l’IFCAM, nous partage sa vision.

Mais que s’est-il passé ?

Reprenons rapidement la logique systémique pour comprendre pourquoi et comment hier fait que nous en sommes là aujourd’hui. Depuis quelques années une transformation lente et silencieuse est en cours, une forme d’entente tacite que notre système était arrivé à son terme et qu’il fallait inventer le monde de demain. Renforcé par le développement des nouvelles technologies notre monde s’est transformé, nous a facilité la vie, simplifié nos communications et rendu accessible le savoir. Les humains se sont cultivés, informés, développés et la fameuse génération Y suivie de la Z dont la particularité était qu’elle était mondiale faisait son apparition aux 4 coins de la planète laissant perplexes les entreprises qui se demandaient comment elles allaient intégrer et manager cette nouvelle génération ? La révolution managériale avait posé ses premières bases qui remettait en question notamment en question le rapport à l’autorité.

Les « start up » aux organigrammes ultra plats ont poussé comme des champignons, cassant les codes habituels démontrant qu’il existait donc une autre façon de faire et que ça marchait.

Certaines entreprises avant gardistes se sont déjà engagées dans la transformation radicale de leurs organisations, libérer les entreprises, donner le pouvoir aux salariés, recentrer le rôle du manager au cœur de son équipe et non au-dessus de son équipe et devenir agile, mettre en place le télétravail, imiter les starts- up en enlevant les cloisons des plateaux et réinventer l’open space ou le flex office : on a fait du lieu de travail un lieu convivial … autant de prises de décisions qui marquent le virage organisationnel en route avec des dirigeants qui acceptaient de partager le pouvoir avec les Ressources qui font l’entreprise.

Ultime paradoxe subsistant, comment faire preuve d’intelligence collective dans des organisations résolument pyramidales ?

Et puis un jour…

Un virus est apparu et le monde a basculé

Nous avions imaginé 1000 scénarii sur l’avenir mais surement pas celui-ci ni dans ces proportions. En quelques mois, le fléau s’est abattu sur le monde comme une bombe, notre vulnérabilité ne venait pas de là où nous le pensions.

Le confinement mondial, l’économie à l’arrêt, le recentrage sur soi et sur l’essentiel, la pandémie qui tel un coup de poing sur la table nous impose le télétravail quand c’est possible, nous impose de réinventer nos modes de travail, le déroulement de nos activités, notre rapport au travail, tout a été remis en question en l’espace de quelques semaines.

Par la situation, la confiance s’est imposée.

Et la question cruciale sur le SENS s’est posé : En quoi mon activité professionnelle est utile ? A quoi cela sert ?  Est-ce satisfaisant ? si tout s’arrêtait aujourd’hui, que pourrai-je dire : ai-je réussi ma vie ou ai-je réussi dans la vie ?

De ces questions fondamentales, notre monde de demain prend forme : Travailler à distance est, possible, efficace et maintient le rendement, prendre soin de soi et des siens revient au centre de la maison.

Et tout cela est possible car la confiance nous a été imposée par la situation. Cette confiance si complexe et si difficile à donner ou à obtenir, celle avec qui on a tant de mal car elle est symbolise la perte du contrôle.

Le contrôle pour un manager est rassurant car il justifie son rôle et son utilité dans l’atteinte des objectifs. Cette période de confinement a mis à mal les velléités des contrôlants car le télétravail le ne permet plus vraiment.

Les managers ont dû lâcher prise et faire confiance. Ils ont été fragilisés et ont dû sortir de leur zone de confort. L’enseignement de cette période a justement été de prendre conscience que la confiance et l’autonomie (à l’inverse du contrôle) fonctionnaient très bien et les résultats étaient là. 

C’est une sacrée remise en question pour les managers qui se sont surement aussi posés la question du sens de leur rôle.

L’effet papillon : petite cause, grandes conséquences

Manager après le COVID

Nous pourrions donc nous poser la question de ce qu’est manager en juin 2020 et plus globalement comment nos entreprises vont gérer la transformation de l’organisation qui passera inévitablement par une transformation managériale profonde ? car cette fois – ci nous avons une formidable opportunité de transformer un pépin en pépite.

Nous ne nierons pas le fait que ce COVID 19 est épouvantable et a endeuillé des familles et engendré de la souffrance. Mais si nous regardons le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, cet arrêt sur image mondial, simultané marque un tournant décisif. Remettre tout en question, c’est maintenant possible, la cause de cette situation n’est ni une guerre de territoire ou de religion, ni économique, ni culturelle, c’est une pandémie ! Il n’y a aucune idéologie derrière, juste un virus.

Le confinement aura été non seulement un catalyseur mais aussi un accélérateur. Tout ce qui était latent ces dernières années s’est imposé : faire confiance et laisser de l’autonomie, faire preuve de discernement, lâcher prise, favoriser la prise d’initiative et enfin responsabiliser.  

Aujourd’hui s’ouvre devant nous un champ des possibles qui peut faire changer notre système actuel en notre système de demain. Nos valeurs sont à (re)définir, nos engagements également. Nous devons et pouvons repenser nos modèles.

L’IFCAM accompagne les filiales et les Caisses régionales

Nous pensions que les formations managériales devaient se faire en présentiel.  Poussés par la situation, nous avons questionné notre mode de pensée et nous avons accéléré notre transformation en matière de formation managériale en explorant de nouveaux moyens comme la classe virtuelle, les webinars, les e-accompagnements / e-coaching, e-codéveloppement, e-facilitations. Et ça marche !

Nous jouons la congruence avec les cibles managériales car nos consultants deviennent des facilitateurs et non des formateurs (le coopérant vs le sachant) tout comme les managers qui ont tout intérêt à changer de posture pour être, eux aussi, des facilitateurs pour leurs équipes versus l’autorité autoritaire.

Les managers de demain ne seront plus des représentants de l’autorité mais seront des porteurs de RÔLES au service de l’équipe et du développement de ses talents. Les managers de demain manageront par la confiance, seront plus que jamais au cœur des équipes pour faciliter l’expression des talents et des expertises. Ils endosseront les rôles de coach, de révélateurs, de facilitateurs, ils porteront la cordialité, la fluidité des échanges, des partages d’expériences, ils marqueront de la reconnaissance ils seront bienveillants et exigeants. Ils contrôleront, oui il est nécessaire de contrôler mais avec discernement car l’opérationnel sera toujours présent bien sûr. Mais ce n’est pas sur ce dernier point que les managers ont besoin de progresser. Ils sont attendus sur leurs 3 intelligences, leur capacité à ouvrir leur sensibilité sur les émotions que ressentent leurs collaborateurs pour les libérer grâce entre autre à une écoute empathique, bienveillante et active (l’intelligence émotionnelle), par le développement de leurs capacités compréhension et d’adaptation aux situations (l’intelligence situationnelle) aux de finesses dans les relations interpersonnelles (l’intelligence relationnelle).

Pour accompagner les entités du groupe Crédit Agricole à développer les 3 intelligences attendues, à l’IFCAM nous actualisons notre offre au fil de l’actualité et nous faisons 3 constats issus des rencontres de la formation de juin 2020 :

– Les managers ne peuvent pas être les seuls à porter la transformation : les dirigeants, l’organisation, les managers et les collaborateurs sont parties prenantes. L’intelligence collective est une réalité !

– Le savoir être devient clé dans la transformation : l’empathie, la connaissance de soi et des autres est un facteur clé de réussite

– Le sens du travail est un levier essentiel d’engagement et de motivation

Il se dégage 3 grandes thématiques managériales qui englobent les sujets phares que sont la responsabilité, la confiance, la prise d’initiative et le sens :

– Professionnaliser la distance :

  • Développer avec agilité le potentiel des équipes hybrides
  • Faciliter l’efficacité et le bien être à distance pour de bons résultats
  • Le leader de la relation et de la cohésion de son équipe

– Manager la transformation :

  • Ré-engager les équipes
  • Accompagner les équipes dans des transformations profondes

– Préserver la qualité de vie au travail :

  • Prévenir les burn out et les Risques Psycho-sociaux.

C’est donc un virage radical qui pourrait s’opérer et qui mettra en valeur les compétences relationnelles des managers et non plus les compétences techniques ou métier. Demain le statut de manager aurait-il encore un sens ? ne serons-nous pas plutôt sur les team leaders ou des développeurs d’humains ?

Je crois profondément que la réponse est entre nos mains, nous tous collaborateurs, managers, dirigeants, actionnaires, élus.

Alors ne laissons pas passer cette opportunité et allons-y, Demain commence aujourd’hui !

Corinne Brouard, Consultante Senior en Management