Les dispositifs immersifs de réalité virtuelle permettent de plonger au cœur d’un environnement riche, stimulant, ludique et interactif. Initialement utilisée dans le secteur industriel (aéronautique, automobile…), la VR s’empare désormais du tertiaire autour de formations comportementales, commerciales et managériales, réinventant notamment l’expérience de la relation client.

Nous apprenons autant avec notre cerveau qu’avec notre corps

Lorsqu’ils apprennent à compter, nombre d’enfants s’aident astucieusement de leurs doigts. Ainsi, ils rendent concrets (4 doigts) un concept abstrait (« 4 »). Cette action, associée au concept, a pour effet d’enrichir la mémoire d’une composante corporelle, ou kinesthésique. C’est ce que défend la théorie de la cognition incarnée : la connaissance ne résulte pas seulement d’un cerveau qui pense, mais également d’un corps qui vit des expériences. Ainsi notre connaissance du chiffre « 4 » est-elle riche et complexe : la forme arabe, la forme romaine, le son dans des langues différentes, le geste de la main indiquant 4 doigts, les 4 points d’un dé, etc.

Cela s’applique aussi à l’apprentissage des adultes. Nous avons tous connu ce genre de situation : un formateur nous explique une manipulation complexe à réaliser, et alors nous vient le besoin de lui dire « Stop, attendez, j’essaie ». Lors de l’apprentissage d’une procédure, nous avons naturellement tendance à vouloir manipuler, essayer par nous-même, afin d’acquérir ce savoir-faire, ce geste. Qu’advient-il de ce besoin lorsqu’il s’agit de contenus d’apprentissage plus abstraits ? Si vous suivez une formation sur le RGPD, vous n’aurez probablement pas le réflexe d’« essayer ». Pourtant, dans tous les domaines d’apprentissage, la manipulation est un excellent levier pour s’approprier une connaissance et l’intégrer. L’enjeu est alors de rendre concret des contenus abstraits.

Les pédagogies innovantes ont déjà franchi le pas dans nombre d’écoles, en plaçant l’activité physique, le mouvement, au cœur des apprentissages, qu’ils soient concrets ou abstraits. Il peut s’agir par exemple d’associer un même geste à chaque occurrence d’un nouveau mot de vocabulaire en langue étrangère. Plus le lien sémantique entre le mouvement et l’objet d’apprentissage est fort, plus la mémorisation de cette association est évidente. Cependant, même si le lien entre le geste et le contenu à apprendre n’est pas évident, l’association d’un mouvement sera toujours bénéfique, car un organisme passif n’apprend pas. A ce titre, les dispositifs de réalité virtuelle permettent de replacer le corps au cœur des apprentissages médiatisés par le digital. Certains casques repèrent même certains mouvements, tels que l’inclinaison de la tête, révélateurs d’intentions ou d’émotions, afin d’adapter les réactions du système aux comportements plus fins et complexes de l’apprenant.

Il est temps pour l’entreprise, de repenser la formation à distance, notamment à travers les opportunités qu’offre la réalité virtuelle, pour que la formation professionnelle aussi franchisse le pas !

La VR : L’illusion de non-média

Il n’est pas rare, lorsque l’on suit une formation, aussi passionnante soit-elle, de se dire « C’est très intéressant, mais concrètement, qu’est-ce que j’en fais ? ». Bien que les formations soient a priori conçues pour répondre à un réel besoin, il est souvent compliqué pour un apprenant de s’approprier une connaissance pour la transposer dans son quotidien et l’adapter à des situations spécifiques. Pourquoi ? Parce que notre cerveau n’est pas très efficace lorsqu’il s’agit de transférer, généraliser, adapter une connaissance. Pour pallier à cet état de fait, on peut recourir aux exemples ou aux mises en situation, mais nous restons bien loin de la réalité vécue.

La réalité virtuelle permet de réduire le fossé entre l’expérience vécue en formation et l’expérience réelle. Elle place ainsi l’apprenant au cœur de ses apprentissages. Elle permet également de décentraliser la formation de l’intellect pur, en alliant le corps aux processus cognitifs traditionnellement exploités.

L’intérêt de la VR pour certaines formations semble évident (simulateur de vol par exemple). Mais la question de la pertinence de l’usage de la réalité virtuelle se pose lorsqu’il s’agit de contenus pouvant être traités devant un ordinateur, à son poste de travail, ou sur un smartphone dans les transports. En réalité, le point commun de ces situations, c’est qu’un média se situe entre l’apprenant et le contenu : l’écran. Ainsi, un mouvement des yeux, un son parasite, fait dévier l’attention. Dans un dispositif de réalité virtuelle, cet intermédiaire disparaît : c’est l’illusion de non-média. Pour le cerveau, l’environnement virtuel devient réalité, et l’apprenant est alors immergé dans un monde devenant sa nouvelle référence.

L’IFCAM et la réalité virtuelle

Dès 2017, l’IFCAM, en tant qu’Université et vigie du Groupe Crédit Agricole, a proposé aux collaborateurs une exposition « Réalité Virtuelle et Pédagogie » avec 3 thématiques « la réalité virtuelle et moi » (découverte), « la réalité virtuelle et les autres » (comment collaborer grâce à la réalité virtuelle ?), « la réalité virtuelle et la créativité » (en quoi la VR peut favoriser la créativité ?).

La VR, ou comment replacer le corps au cœur de l’apprentissage

Nous avons tiré plusieurs enseignements :

– Veiller à ce que l’appropriation de l’outil soit assez rapide pour ne pas nuire à l’expérience (par exemple, l’utilisation de contrôleurs (manettes) n’est pas toujours intuitive)

– Veiller à ce que la technologie (et son temps de prise en main) ne fasse pas perdre de vue l’objectif pédagogique

– Ne pas multiplier les propositions d’actions au sein de la simulation

– Acquérir de nouvelles compétences à la fois pour penser l’architecture des dispositifs (et la place qu’y occupe le contenu VR) ainsi que le contenu lui-même (expérience vécue, scénario, ergonomie, geste professionnel)

La VR semble être particulièrement adaptée aux formations comportementales (gestion du stress, prise de parole en public etc.), commerciales (simulation d’entretien) ou encore managériales.

L’IFCAM a ainsi développé la VR dans plusieurs formations, notamment Intégram, un serious game au cœur du dispositif de formation des nouveaux embauchés du Groupe Crédit Agricole. Au travers de 8 situations, les apprenants interagissent avec un conseiller, un client, au sein d’une véritable agence, dans une simulation dynamique au plus proche de la réalité à laquelle ils seront confrontés.

La VR, ou comment replacer le corps au cœur de l’apprentissage

La réalité virtuelle est également pensée comme accélérateur d’expérience, afin d’entraîner le conseiller-apprenant à un ensemble de situations composant la diversité de la relation client. Soutenue par un système de reconnaissance vocal permettant d’adapter le parcours aux interactions de l’apprenant, la réalité virtuelle offre ainsi un réseau dynamique de possibilités.

De toute évidence, la réalité virtuelle dans le milieu de la formation n’en est qu’à ses débuts, et de nombreuses applications restent sans aucun doute à inventer.

Pierre Travaglini / Assistant Chargé de Projets Expérience Apprenant