Si la littérature scientifique sur le microlearning est encore balbutiante, l’offre en matière de solutions – outils auteurs, plateformes – se développe rapidement. Nouvelle tendance ou véritable révolution, qu’importe : comme toute modalité pédagogique, le microlearning n’est en lui-même ni bon ni mauvais. Cela dépend avant tout de l’usage qui en est fait. Il semblerait cependant qu’il puisse occuper une place intéressante dans le paysage de la formation, en répondant à des problématiques parfois laissées-pour-compte par d’autres modalités.

Microlearning : de quoi parle-t-on ?

Le microlearning est une modalité reposant sur le principe de granularisation :  le contenu pédagogique est découpé en de nombreuses unités élémentaires, d’une durée comprise entre 30 secondes et 5 minutes. Ici, chaque grain – ou capsule – répond à un unique objectif pédagogique. Il peut s’agir d’un exercice pratique guidé, d’un exposé transmissif, d’une mise en situation. Il peut être utilisé pour découvrir une notion en amont d’un présentiel, pour mettre en pratique un contenu vu précédemment dans un module e-learning, ou pour monter en compétence dans l’utilisation d’un nouvel outil.

Le principe directeur ? ATAWADAC ! Any Time – Any Where – Any Device – Any Content : liberté de temps, d’espace, d’appareil et de contenu. Les capsules sont à disposition des apprenants, à tout moment, en tout lieu et sur leur smartphone, tablette, ou ordinateur. L’objectif étant d’inscrire le microlearning dans le quotidien, en se plaçant au plus proche de la réalité des apprenants, dès l’origine de leurs besoins, pour ainsi réduire le gap théorie/mise en pratique.

Micro/Mobile/Rapid learning : quelles différences ? Toutes ces modalités spécifient des dimensions différentes et ne sont pas incompatibles ou exclusives. Si le microlearning se caractérise avant tout par une dimension temporelle, le mobile learning se concentre lui sur une dimension spatiale, orientée vers la mobilité de l’apprenant. Le terme de rapid learning – version courte de « Rapid e-learning Development » – définit, quant à lui, une méthode de conception rapide, à moindre coût, d’un contenu généralement amené à évoluer régulièrement.

Un véritable atout pédagogique

Utilisé à bon escient, le microlearning peut être un véritable atout pédagogique. Circonscrire le contenu à un unique objectif pédagogique et limiter la durée des capsules, c’est réduire à la fois la charge cognitive imposée à l’apprenant, et le risque de désengagement en focalisant l’attention sur une courte période. Plutôt qu’un apprentissage massé et condensé, fixé sur un horaire prédéfini, celui-ci est réparti discrètement et régulièrement dans le temps, selon le rythme de l’apprenant. Et c’est plutôt une bonne chose ! D’une part, ce degré d’autonomie est favorable à la motivation sur le long terme. D’autre part, et bien que l’on ait souvent l’illusion d’être plus efficace en concentrant notre apprentissage en une seule fois, les performances sont meilleures lorsque l’apprentissage est disséminé dans le temps.

Pour tirer le meilleur parti de cette segmentation du contenu en petites unités, tout en gardant une cohérence d’ensemble, les capsules peuvent être regroupées autour de problématiques issues du terrain. C’est l’apprentissage « on-the-job » : se former au quotidien, dès la naissance des besoins. Ceux-ci sont ainsi traités sous différents angles, via des formats variés – vidéos, podcasts, articles… – au sein d’un parcours dessiné au fur et à mesure, par l’apprenant lui-même. Si des contenus adaptés peuvent être suggérés et mis en avant, en fonction des choix et des objectifs de l’apprenant, celui-ci reste libre de suivre les recommandations ou de gérer lui-même sa progression.

Le microlearning, une modalité d’avenir ?

Le microlearning pour booster les communautés

Au-delà de ces considérations déjà séduisantes, le microlearning peut également être un terrain fertile pour le développement de communautés d’apprentissage et de pratique. Les communautés d’apprentissage délimitent un groupe social constitué d’individus participant à un programme formel de formation, et s’entraidant pour atteindre ensemble les objectifs de formation. Ces communautés peuvent être suscitées en amont et se développer pleinement au cours de la formation. Si celles-ci ont peu de chance de perdurer longtemps à l’issue du dispositif, elles peuvent parfois se transformer en communautés de pratique, plus pérennes, rassemblant des individus qui partagent expériences, astuces, conseils ou informations.

Encourager le développement de ces communautés, c’est aussi nourrir les dynamiques de l’apprentissage social. En ce sens, le microlearning doit pouvoir permettre aux apprenants de prendre part à ces communautés, en étant consommateurs de contenus bien sûr, mais aussi producteurs de leurs propres ressources. Et pouvoir ainsi partager une bonne pratique sous la forme d’un tutoriel vidéo par exemple, ou réagir à la publication d’un pair. C’est aussi l’un des piliers de l’apprentissage, l’engagement actif. Ainsi impliqués dans la production de contenu – qui plus est un contenu relativement court – les apprenants sont davantage susceptibles de faire vivre durablement ces communautés, même en l’absence d’animateur.

Le microlearning n’est pas l’eldorado en soi, et ses avantages dépendent avant tout de l’intention pédagogique qui l’anime. Mais combiné à d’autres modalités, articulées ensemble de manière à capitaliser sur les avantages de chacune, celui-ci a sans doute de beaux jours devant lui.

Pierre Travaglini, Assistant chef de projet Expérience Apprenant