L’erreur, un puissant levier d’apprentissage

L’erreur, un puissant levier d’apprentissage

« Mais tu es sadique ! » Voilà une réaction entendue par un ingénieur pédagogique après avoir proposé de commencer une séquence de formation par une question. Mais pourquoi serait-ce sadique ? N’est-on pas en formation pour apprendre ? Une question pour introduire un sujet ne permet-elle pas d’identifier le niveau de maîtrise du groupe, de susciter son intérêt, et de lutter contre l’illusion de maîtrise ?

Il est désormais prouvé que l’erreur est nécessaire à l’apprentissage, qu’il faut l’accepter et l’accompagner correctement.

D’ailleurs le mot erreur ne tient-il pas son origine du mot latin « error » qui signifie notamment « action d’errer » ? Alors errons ensemble et découvrons les bienfaits de l’erreur en formation !

Pourquoi est-il important d’accepter l’erreur dans son apprentissage ?

Les études en neurosciences démontrent que le cerveau occupe une large partie de son temps à observer, expérimenter, et prédire le monde qui l’entoure (curiosité, surprise, erreur : 3 ingrédients pour un apprentissage efficace). L’activité de prédiction est essentielle et irrépressible car le cerveau apprend depuis son plus jeune âge de ses erreurs de prédiction pour se mettre à jour : le fait d’essayer, de tâtonner, de comparer, et donc de commettre des erreurs sont des moyens d’en apprendre plus tous les jours.

L’erreur est normale pendant l’apprentissage et permet de le construire, avec notamment des impacts sur les aspects suivant :

  • La prise de conscience de ses aptitudes : il est courant d’avoir tendance à surévaluer sa connaissance d’un sujet, c’est l’illusion de maîtrise. En se testant, l’apprenant prend donc conscience de son niveau réel et surpasse ce biais cognitif. Ainsi, en commettant des erreurs, Il identifie ce qu’il sait et ce qu’il ne sait pas et adapte naturellement sa stratégie d’apprentissage pour la rendre plus efficace.
    Dans le même esprit, l’apprentissage par l’erreur offre l’opportunité de lutter contre un autre bais cognitif très répandu : l’effet Dunning-Kruger. C’est la tendance des individus les moins compétents à surestimer leurs compétences, quand les plus compétents les sous-estiment.
  • La compréhension : l’effort de compréhension est un vrai facilitateur pour l’apprentissage à long terme.  Dès lors que l’apprenant prend conscience qu’il ne sait pas, il est plus à l’écoute et prend plus plaisir à apprendre ce qui rend cet apprentissage plus efficace.
  • La motivation : en corrigeant une erreur l’apprenant connaît une réussite personnelle et découvre que grâce à ses efforts, ses compétences s’améliorent : il sera donc d’autant plus motivé pour apprendre.
  • L’estime de soi : en acceptant son erreur et en trouvant le moyen de l’éviter, par lui-même ou accompagné, l’apprenant se sent valorisé.
  • L’harmonie personnelle : les individus sont perpétuellement en recherche d’harmonie et de cohérence. Dans ce souci de bien être, si deux éléments entrent en contradiction, cela crée ce que Festinger appelle une dissonance cognitive qui amène notre cerveau à vouloir rééquilibrer les choses pour se sentir mieux. Ainsi, si l’on pense connaître la réponse à une question, et que l’on se trompe, notre cerveau retiendra plus efficacement l’information pour résoudre ce déséquilibre.

Il est donc à la fois important d’identifier ses erreurs, de les comprendre mais aussi de savoir comment les prendre en compte pour s’améliorer.

Comment faciliter l’apprentissage par l’erreur en formation ?

Alors comment amener les apprenants à se sentir plus à l’aise pour commettre des erreurs, en identifier les causes pour limiter leurs effets néfastes ?

En e-learning

En e-learning, l’apprenant est en autonomie, il n’y a donc pas jugement externe qui pourrait le mettre mal à l’aise. Cependant, il n’y a pas non plus de formateurs pour l’aider à comprendre son erreur et à la corriger. La rédaction des feedbacks par le concepteur est donc essentielle pour bien accompagner l’apprenant dans son parcours.

De la même manière, il est primordial d’avoir conscience des différents types d’erreur que les apprenants peuvent commettre pour leur offrir les feedbacks adaptés.

En présentiel / classe virtuelle

Dès le début de la formation, le formateur doit poser le cadre voire le co-construire avec les participants (Exemples : bienveillance, écoute, non-jugement, etc..).

Il est également important de leur expliquer le rôle de l’erreur dans l’apprentissage pour qu’ils en comprennent bien le sens et l’intérêt et, qu’ils se donnent le droit d’en commettre pendant la session. Cela contribuera également à rendre la session plus dynamique et participative car le groupe aura tendance à poser plus de questions et à débattre.

Et concrètement ?

Pour stimuler le droit à l’erreur, l’animateur peut inviter régulièrement les apprenants à échanger, à se questionner sur leur pratique et leur connaissance, et à partager pour les aider à identifier ce qu’ils savent (afin de les rassurer) et ce qu’ils ne savent pas (afin d’accompagner leur progression).

Ces séquences d’échange peuvent être proposées :

– pour introduire une séquence afin de mieux appréhender les besoins du groupe et d’identifier en amont les à priori / fausses informations / mauvaises pratiques / points forts / points d’appui. Les objectifs sont de les sensibiliser en amont, de rebondir sur ces éléments pendant la séquence, et de faciliter la concentration et la mémorisation du groupe qui dès le début de la séquence a conscience qu’il va apprendre quelque chose et sera donc naturellement dans de meilleures conditions d’apprentissage.

– après un quiz/exercice/cas pratique pour inviter le groupe à se questionner

– à la fin d’une séquence pour s’assurer de la bonne compréhension des points abordés avec l’avantage qu’à cet instant les participants ont toujours en tête leurs éventuelles interrogations.

Comment accompagner l’apprenant face à l’erreur ?

  1. Questionner l’apprenant pour comprendre l’origine de l’erreur : « Pourquoi tu penses que… ? Pourquoi tu proposes que… ? Dans quelle situation… ? Dans quel cas… ? »,
  2. Aider l’apprenant à comprendre la cause/raison de cette erreur afin de l’aider à trouver par lui-même la solution (lui poser des questions, lui proposer des possibilités de bonnes réponses, …)
  3. S’appuyer sur la force collective du groupe d’apprenants pour trouver ensemble une solution. En s’appuyant sur le groupe, on renforce le sentiment que l’erreur est bénéfique pour tous et le climat demeure favorable tout au long de la session !

Quelles activités pour « jouer » avec l’erreur ?

Le battle quiz

Nous aimons l’idée de stimuler l’erreur d’une manière plus ludique et dynamique, sans que les participants s’en rendent réellement compte, à travers notamment des réveils pédagogiques et/ou activités par équipes.

Comment ? En défiant les apprenants et en leur proposant des activités dont l’objectif est de remporter des points ! Par exemple, les faire réfléchi par équipes à des questions à poser à l’équipe adverse sur des contenus abordés précédemment. L’idée étant bien sûr de pousser l’équipe adverse à commettre des erreurs pour gagner !

Ainsi, en réfléchissant à des questions difficiles l’équipe 1 ancre son savoir, et en réfléchissant à la bonne réponse l’équipe 2 fait un effort de recherche des informations dans son cerveau, se pose des questions, et confronte ses idées ce qui permet un échange/renforcement des connaissances, et en donnant du feedback l’animateur apporte des précisions pour s’assurer de la bonne compréhension de tous.

L’erreur volontaire

Si l’animateur est « joueur » et à l’aise avec son groupe, pourquoi ne pas commettre volontairement une erreur pendant son intervention? Le fait de relever une erreur de celui qui est identifié comme l’expert est un moyen idéal de capter l’attention ! C’est l’occasion pour l’animateur de s’adresser directement au participant « accusateur » et de lui demander « Qu’aurais-tu dis/proposé/fait à la place ? » afin de créer un moment d’échange et de faire en sorte que la solution vienne du groupe. C’est aussi une opportunité pour rappeler à tous que tout le monde fait des erreurs et qu’il faut simplement en avoir conscience pour travailler dessus afin de les éviter.

En conclusion…

Vous l’avez compris, en plus d’être inévitables les erreurs sont bénéfiques à l’apprentissage.

Bien expliquer aux apprenants les bienfaits de l’erreur en formation permet d’aborder la formation dans un climat de confiance et de sérénité, et surtout de favoriser leur apprentissage.

Et n’oubliez pas : « Les seules vraies erreurs sont celles que nous commettons à répétition. Les autres sont des occasions d’apprentissages » – Dalaï Lama Tenzin Gyatso

Thomas Bouland, Ingénieur pédagogique

Pour aller plus loin…

L’erreur, un outil pour enseigner – Jean-Pierre Astolfi

Les neurosciences en éducation – Hippolyte Gros, Katarina Gvozdic, Emmanuel Sander, Calliste Scheibling-Seve

Pour mieux comprendre ses erreurs et accompagner efficacement les apprenants, il faut en connaître l’origine… en voici les principaux types :

– L’erreur d’inattention : elle induit un traitement incorrect de l’information par inattention, oubli, étourderie, maladresse ou négligence (renseigner la fiche client « SA Dupont » à la place de la « SA Dupond » par exemple).

– L’erreur de méthodologie : elle induit une mauvaise application de la méthode définie pour la réalisation d’une tâche/mission (ne pas reformuler les propos du client dans la mise en application des étapes de la démarche commerciale par exemple).

– L’erreur de compréhension : elle induit une mauvaise compréhension d’un intitulé / d’une consigne / d’un terme employé par méconnaissance (lexique spécialisé par exemple) ou par sa complexité.

– L’erreur fondée sur les règles : elle induit une mauvaise application de la règle dans la résolution de la situation proposée (appliquer la fiscalité d’avant 1983 au lieu de la fiscalité actuelle pour un exercice de primes versées en assurance-vie).

– L’erreur fondée sur les connaissances : elle induit une impression de connaître/maîtriser suffisamment le sujet alors que ce n’est pas le cas (cf. illusion de maîtrise).

– L’erreur liée à une surcharge cognitive : elle induit une mobilisation de trop nombreuses informations en mémoire face à une situation, la concentration se faisant uniquement sur un des aspects, ce qui nuit aux autres.

Pour chacune de ces erreurs, une solution plus ou moins simple peut être mise en place afin de limiter le risque qu’elle se reproduise… en tant que professionnel de la formation nous nous devons d’aider l’apprenant à être à l’aise avec le fait de commettre des erreurs, à analyser les causes, identifier la ou les choses à mettre en œuvre, et à s’adapter pour être plus performant. 
De plus, l’erreur pouvant être la résultante d’une mauvaise rédaction/explication/diffusion des contenus, il convient donc d’être vigilant lors de la conception de supports et/ou de leur animation, à s’assurer que leur compréhension sera possible par le plus grand nombre ! 

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