Peut-on apprendre sans en avoir l’intention ?

Peut-on apprendre sans en avoir l’intention ?

Certains considèrent que l’apprentissage nécessite de poser une intention au préalable alors que d’autres considèrent que l’intention n’est ni une condition nécessaire, ni une condition suffisante pour apprendre.

L’intention, dans le cadre de l’apprentissage peut recouvrir deux aspects. L’intention pour soi, lorsque le sujet se met en mouvement, en vue de l’acquisition de compétences, et l’intention pour autrui, lorsque l’exigence de développement émane d’un tiers.

Que l’apprentissage soit formel, informel, non-formel, ou incident, peut-on apprendre sans avoir l’intention d’apprendre ?

Peut-on apprendre sans intention d’apprendre ?

Le monde du travail regorge d’exemples de situations qui peuvent devenir de véritables espaces d’apprentissages.

Prenons l’exemple de la rencontre de collègues à la « cafétaria » : L’intention de départ n’est pas d’apprendre, mais plutôt de créer du lien, et pourtant… Cet espace physique, situé au cœur de l’entreprise est un espace de création de liens, mais aussi un espace de débat, d’échange, de partage qui peut parfois être beaucoup plus utile et apprenant qu’un échange organisé et formalisé. Un espace qui permet de « capter » les non-dits, l’informel, le « off ». La cafeteria serait en quelque sorte un espace transitionnel et dénué de tout enjeu formatif (émotionnel, cognitif, formatif), au sein duquel les acteurs échangent, partagent et parfois apprennent de manière incidente, sans en avoir l’intention première.

A l’inverse, dans le cadre d’une action de formation organisée et planifiée, et malgré les nombreuses opportunités d’apprentissage, il peut ne pas y avoir d’intention de la part du sujet apprenant.  Le sujet peut vivre l’action de formation comme une injonction et considérer que celle-ci n’aura aucun impact en terme d’apprentissage.

La question de l’intention du sujet dans l’apprentissage soulève ainsi de nombreuses questions, sans nécessairement apporter de réponses claires et précises.

Peut-on apprendre sans en avoir l’intention ?

« C’est l’intention qui compte »

Sur le plan étymologique, la notion d’intention signifie « tension, action de tendre », « application de la pensée », ou encore « effort vers un but ». Cette notion semble exprimer une volonté, une mise en mouvement vers un objectif précis et prédéfini.

L’intention précède et justifie l’action du sujet. Elle vise également l’atteinte d’un résultat spécifique et prédéterminé.

Dans le cadre juridique, « l’intention » joue un rôle majeur dans la détermination du degré de la faute et de la sanction qui y est associée. En effet, la qualification juridique de l’action varie en fonction de l’intention de son auteur.

Dans le langage courant, l’expression « c’est l’intention qui compte » semble également traduire le fait que l’intention est un préalable nécessaire et insuffisant à la réalisation de l’action, par exemple lorsqu’il s’agit d’offrir un présent. Elle semble même primer sur le déroulement de l’action, ainsi que sur son résultat.

Dans le cadre de la formation, nous pouvons donc nous questionner sur la place et le rôle de « l’intention ». L’intention, en tant que manifestation d’une envie, peut émaner des différents acteurs engagés dans une action de formation : commanditaires, ingénieurs pédagogiques, formateurs et bien sûr apprenants.

Mais est-ce uniquement l’intention qui compte ?

Dans le cadre de la formation pour adultes, faut-il nécessairement une intention d’apprentissage pour apprendre ou bien peut-on apprendre en l’absence d’un objectif manifeste d’apprentissage ?

L’apprentissage s’appuie sur les notions d’intention et de conscientisation. Et si l’on centrait le débat sur la notion de réflexivité ?

« La réflexivité concerne le retour de la pensée sur elle-même; si cette notion se distingue de celle d’introspection (observation d’une conscience individuelle par elle-même), c’est qu’elle suppose que l’individu puisse se dégager de son cadre habituel de référence et fasse appel à d’autres grilles de lecture que les siennes » (Wittorski, 2001).

La réflexivité peut également se caractériser comme la capacité du sujet à donner du sens à son vécu. Cette détermination du sens, à l’aide de la mise en mots de manière de penser, de faire, d’agir, de sentir, favorisent l’apprentissage.

En formation, le questionnement, le debriefing, les évaluations formatives sont des moments qui visent à inciter à faire ce retour en arrière sur ce qui est vécu, appris, transmis.

C’est notamment cette démarche de réflexivité qui permet au sujet de faire valoir et reconnaitre son expérience dans le cadre d’une action de Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) par exemple.

Dans le cadre de l’action de formation en situation de travail (AFEST) la phase réflexive est une phase clé dans la dynamique d’apprentissage.

En définitive, est-ce que ce n’est pas parfois, la réflexivité qui permettrait de manifester, au sens de laisser apparaitre, l’apprentissage et non l’intention? Dans ce cas précis, peu importe qu’il existe une intention d’apprendre. Ce serait le regard que l’on porterait sur la situation qui la rendrait apprenante. Ainsi, cela ouvrirait le champ des possibles et permettrait d’ouvrir le débat autour de l’intention, en focalisant l’attention sur la réflexivité.

Peut-on apprendre sans en avoir l’intention ?

De l’intention à « l’attention réflexive »

Choisir de privilégier la notion de réflexivité, plutôt que celle d’intention, permet au sujet apprenant de (re)trouver du pouvoir d’agir dans le cadre de ses apprentissages. L’apprentissage ne serait plus nécessairement le résultat d’une intention de formation, posée par le sujet ou par autrui, mais permettrait d’identifier, a posteriori, comme formatrice une situation identifiée comme telle ultérieurement. Le champ de l’apprentissage serait ainsi décuplé et s’affranchirait du cadre formel, spatial et temporel de la formation. Il pourrait également émaner de situations qui porteraient des germes d’apprentissages ne demandant qu’à éclore. Le sujet, seul ou accompagné d’un médiateur, serait au cœur de l’action de formation, en développant sa capacité à identifier, dans les situations vécues, ce qui peut être porteur d’apprentissage, tout en ayant le pouvoir de créer ses propres espaces d’apprentissages.

Et vous, quels sont vos avis sur le sujet ?

Faty Drider, Ingénieure Pédagogique

 

  • LUCAS Melanie 26 janvier 2022

    Bonjour et merci pour cette réflexion :) .

  • LOU Lydie 9 février 2022

    Bonjour, votre article fait écho aux situations dans lesquelles des apprenants, au moment du tour de table inclusif, expriment n'avoir aucune attente pour suivre la formation qui débute. Un réflexe de formatrice : "c'est important de venir en formation avec des attentes (donc une intention) plutôt que comme un "consommateur". Si je comprends bien votre analyse, cette situation serait sans incidence sur l'apprentissage, la "volonté" n'étant pas indispensable. Merci Faty pour votre contribution.

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