Et si la dématérialisation des supports de formation n’avait pas que des vertus écologiques et économiques ? Et si cela pouvait également favoriser l’apprentissage ? Interview avec Dorothée Cavignaux-Bros, Ingénieure Formation à l’IFCAM

Dorothée, tu es ingénieure formation à la Direction Expérience Apprenant, peux-tu nous dire en quoi consiste ta mission ?

J’ai pour mission d’accompagner les autres équipes de l’IFCAM dans la mise en œuvre d’une démarche « Expérience Apprenant » dans le cadre de nos projets ou de l’ingénierie et du design de nos dispositifs de formation.

Nous avons décliné l’Expérience Apprenant selon 3 axes :

– les environnements physiques et numériques dans lesquels évolue l’apprenant,

– l’apprenant en tant qu’acteur voire auteur de sa formation

– les formateurs qui accompagnent nos apprenants.

Notre démarche, repose sur 3 leviers :

– A minima le questionnement des apprenants en amont de nos projets, voire leur implication dans le design des projets. Cette démarche, déjà mise en œuvre avec nos commanditaires (co-construction) et nos formateurs selon les cas, est ainsi élargie à nos apprenants dans l’objectif de construire un projet commun et de faire converger les intérêts des uns et des autres. L’implication des parties prenantes est favorisée tout au long du processus : avant – pendant – après. Elle s’inscrit dans une démarche dite « centrée utilisateur » (UX : user expérience et LX : learner experience).

L’implication et l’accompagnement des formateurs au changement. Nous recueillons leurs perceptions, leur proposons de co-élaborer avec nous les éléments pédagogiques et de mutualiser les bonnes pratiques.

– La réalisation d’une veille et la mobilisation de connaissances scientifiques dans les champs qui nous concernent, à savoir les sciences cognitives, les sciences de l’éducation et parfois l’ergonomie comme c’est le cas dans le projet « Beaucoup Moins de Papier ». Nous utilisons ces connaissances pour informer et former nos apprenants, nos formateurs et nos commanditaires sur les grandes orientations que l’on choisit.

Les convictions pédagogiques sur lesquelles reposent nos orientations et nos propositions sont le fruit à la fois des retours de nos partenaires et de nos apprenants, de nos expériences de mise en œuvre et enfin de nos pratiques professionnelles nourries et augmentées des avancées de la recherche.

Peux-tu nous en dire plus sur le projet « Beaucoup Moins de Papier » ?

En effet, la dématérialisation est une démarche qui se généralise car elle a des effets vertueux en termes écologiques et économiques, notamment dans le cas de déploiements massifs. L’IFCAM s’est également saisi du sujet et a décidé de faire évoluer son approche formation en intégrant cette dynamique. Une équipe projet s’est donc constituée il y a plus d’un an, pour repenser l’utilité de la documentation pédagogique dans un objectif d’amélioration de l’efficacité de l’apprentissage.

Comment la démarche apprenant a été mise en place dans ce projet ?

Nous avons démarré le projet par une enquête téléphonique auprès d’anciens apprenants, afin d’identifier avec eux quelle documentation leur avait été utile pendant et après leur formation. Tout au long du projet nous avons impliqué les animateurs dans la réingénierie des contenus. Nous avons été à l’écoute de l’ensemble des acteurs impliqués (fonds de salles et enquêtes post déploiement) pour procéder aux ajustements éventuel nécessaires.

En parallèle notre démarche a reposé sur trois piliers :

– une sensibilisation à la prise de note,

– une information sur le rôle de l’attention dans la mémorisation (cf. notre exposition sur la mémoire et l’attention),

– une identification des supports à conserver en format papier et à dématérialiser en fonction de principes ergonomiques notamment,

– et la mise en œuvre de modalités d’évaluation formative complémentaires.

L’efficacité de la prise de note et l’écriture sur l’apprentissage a en effet été prouvée (particulièrement lorsqu’elle est manuscrite), ainsi nous l’encourageons encore plus aujourd’hui (sans pour autant la rendre obligatoire). Nous avons conçu un guide mis à disposition des apprenants (« les clés d’un apprentissage efficace en formation ») et des formateurs dont les idées clés sont projetées au début de la formation.

Et si la dématérialisation des supports de formation était un vrai plus pour l’apprentissage ?

Nous avons également regardé du côté de l’ergonomie, pour choisir notamment les éléments qui seraient conservés en papier et ceux qui seraient totalement dématérialisés. En ce qui concerne les phases d’exposé animées par le formateur, il a été démontré que la situation la plus favorable pour l’apprenant est d’avoir un support de projection qui est congruent avec le message énoncé, l’ajout d’un support de lecture individuel accroit la charge attentionnelle et est moins efficace. Nous avons donc limité les supports de lecture aux travaux individuels ou en sous-groupe. Les supports projetés sont par ailleurs mis à disposition des apprenants sur la plateforme e-learning et accessibles avant, pendant et/ou après la formation selon les situations.

Enfin, en complément des cas pratiques et des exercices de mises en application, nous avons ajouté dans les formations des moments de synthèse collaborative afin de partager les prises de notes. Ces synthèses permettent aux apprenants de restituer individuellement ou en sous-groupe les éléments qu’ils ont retenus et au groupe d’échanger sur les points essentiels de la formation. Pour l’animateur c’est aussi l’occasion d’évaluer les acquis au fur et à mesure de la formation et de mettre en œuvre une remédiation si nécessaire. La dimension collective de cette synthèse permet en outre de favoriser l’apprentissage social, un des fondements de nos orientations pédagogiques.

Quels sont les retours des apprenants et des formateurs ?

Depuis 2018 deux dispositifs diplômants et certifiants ont déjà été réingénierés. Nous avons reçu des retours très positifs des animateurs, notamment sur l’attention des apprenants en lien avec l’invitation à la prise de note et les synthèses collaboratives. Je vous invite à regarder le témoignage de Martine, une de nos formatrices, en fin d’interview.

Les apprenants ont également pris conscience du fait qu’ils construisent eux-même leur apprentissage au fur et à mesure des journées de présentiel.

Merci Dorothée,

Merci Pauline

Découvrez le témoignage de Martine :

Pour aller plus loin :

IFCAM, (2018). « Apprendre, le cerveau livre ses secrets ». Exposition Permanente en association avec CogX. Montrouge et Paris.

Mangen, A., Anda, L. G., Oxborough, G. H., & Brønnick, K. (2015). Handwriting versus keyboard writing: effect on word recall. Journal of writing research, 7(2).

Piolat, A., Roussey, J. Y., & Barbier, M. L. (2003). Mesure de l’effort cognitif: Pourquoi est-il opportun de comparer la prise de notes à la rédaction, l’apprentissage et la lecture de divers documents. Arob@ se, 7(1-2), 118-140.