17. C’est le nombre de degrés en plus des maigres 4° de Paris que les participants à la Learning Expédition IFCAM 3ème édition ont eu le plaisir de subir une fois le sol de Tel Aviv foulé du pied. L’Institut de Développement des Dirigeants du Crédit Agricole, dans le cadre de son dispositif Explor’Action destiné aux Directeurs généraux et Présidents du Groupe, a organisé un voyage d’étude en Israël réunissant pas moins de 23 dirigeants.

Le programme de ce voyage d’études en Israël comportait une vingtaine de rencontres professionnelles à Tel Aviv, Haïfa, Nazareth et Jérusalem, auxquelles se sont ajoutées des visites de découverte historique et culturelle à Jaffa, à Césarée, dans la montagne druze et jusqu’à Massada, au bord de la Mer Morte. C’est peu pour prétendre avoir tout compris d’un pays si complexe, mais suffisant pour mesurer les contrastes entre les diverses parties du pays, prendre conscience de l’écart entre ce que disent les médias européens des réalités israéliennes et la manière dont elles sont vécues sur place, et somme toute poser quelques constats sur l’économie du pays.

 Learning Expedition - Israël - IFCAM

Le système d’innovation

L’innovation en Israël, ce sont 9 universités, 16 hôpitaux universitaires, 22 incubateurs, 78 accélérateurs, plus d’une centaine de fonds de capital-risque et 350 centres de R&D d’entreprises multinationales.

Les grandes entreprises du monde entier implantent des centres de recherche et développement ou des accélérateurs. Les accélérateurs sont une manière peu coûteuse de s’immerger dans le flux d’innovation. Nous en avons vu deux exemples :

L’accélérateur de la banque Barclays, qui héberge aujourd’hui 24 start-ups, sur un total de 300 candidatures reçues lors de son dernier appel à projets.

L’accélérateur de Microsoft, qui vise à encourager le développement de nouveaux services sur les plateformes Microsoft et, ce faisant, a valeur d’usage desdites plateformes.

Les caractères distinctifs de l’écosystème d’innovation en Israël

Par comparaison avec la Silicon Valley, l’écosystème d’innovation israélien se caractérise par quelques traits distinctifs :

– Il est orienté vers l’innovation technologique plus que par l’innovation d’usage ou de business model.

– De ce fait, il est davantage BtoB que BtoC. Les start-ups israéliennes recherchent activement des partenariats commerciaux ou des rachats par de grandes entreprises multinationales afin de valoriser leurs innovations et les porter jusqu’au marché.

– Ses points forts sont la cyber sécurité, l’intelligence artificielle, l’internet des objets, le big data, ainsi que, dans des secteurs plus éloignés de la banque, la santé, l’agriculture, la gestion de l’eau et les nanotechnologies.

– Dans le domaine financier, en comparaison des fintechs que l’IFCAM a pu rencontrer en Californie ou à Londres, nous n’avons pas perçu Israël comme étant très en avance, sauf dans deux domaines : la cyber sécurité (avec notamment une entreprise nommée Verifyoo qui nous a présenté un intéressant système d’authentification par biométrie comportementale) et la blockchain (avec notamment deux applications au domaine du trade finance, Wave pour le commerce de marchandises en général, et AveNews plus spécialement pour le commerce de produits agricoles).

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La soutenabilité d’une économie à deux vitesses

La « start-up nation », autrement dit l’écosystème d’entreprises technologiques innovantes, représente aujourd’hui 10% de la population active et 15% du PIB d’Israël. C’est un apport très significatif à l’économie locale, notamment parce que ce secteur, très compétitif, est responsable à lui seule de 45% des exportations, mais c’est peu à l’échelle des 90% restant de la population active, qui correspondent à une économie plus traditionnelle, laquelle apparaît assez peu productive, vivant sous la protection de réglementations qui la mettent à l’abri de la concurrence internationale. Ainsi, par exemple, il n’y a en Israël aucun acteur étranger dans la distribution, ni dans le BTP, ni dans la banque et l’assurance. Combien de temps sera-t-il possible de gérer une économie si duale ?

Les signes de tension entre les deux secteurs sont déjà visibles : les prix de l’immobilier, tirés à Tel Aviv par la demande solvable des employés du secteur technologique, rendent le logement inabordable pour le reste de la population ; l’appréciation du shekel au regard des autres devises affaiblit encore la compétitivité prix des productions locales sur le marché international.

Voici donc une vallée à suivre de très près.

Guillaume PENICAUT, Chargé de mission pédagogique